d’où vient-il ?
Je ne saurais pas dire précisément quand est-ce que je l’ai ressenti pour la première fois. Je me suis toujours questionnée pour savoir d’où il venait. Est-ce la société d’aujourd’hui qui encourage les petites filles à materner leur poupons dès l’enfance ? Est-ce mon histoire familiale particulière ? Est-ce une envie de reproduire ce que ma mère a fait ? Je crois que je ne le saurai jamais vraiment.
Je suis la cadette dans ma fratrie, née 11, 13 et 15 ans après mes frères et ma sœur. D’une même union, du même amour, ma mère a enfanté à 20, 23, 25 et 36 ans. Mes parents se sont ensuite séparés lorsque j’avais un an et demi. Dans mon enfance, je me rappelle avoir beaucoup joué à la poupée mais aussi à la boue et aux voitures. Je n’ai donc pas spécialement reçu une éducation genrée même si elle le reste forcément par l’ensemble de la société. Jusque très tard, la 5e environ, j’ai materné ces bébés comme des vrais.
Puis lorsque j’avais 11 ans, mon plus grand frère a eu son premier enfant. Mon cœur a fait boum et j’ai découvert ce que c’était d’être entouré d’un plus petit. Il était comme un petit frère, que je voyais peu mais tout comme ma sœur s’occupait de moi, j’aimais passer du temps avec lui. Après cet événement, j’ai enchaîné les babysittings et me suis prise de passion pour la parentalité. J’écoutais tous les podcasts, je suivais des comptes instagram sur le sujet. Je découvre alors le monde de la parentalité positive / bienveillante / respectueuse. Mon avis sur le sujet à bien évolué grâce à Madeline, Alison, Angélique et ma formation d’EJE ! Mais là n’est pas le sujet.
l’envie est profonde, transcendante
J’ai 15 ans, l’envie d’avoir un enfant me transperce. Je veux un enfant. Mais pas maintenant. Mais je le veux tellement. Je respire bébé, je parle bébé, je vis bébé. Je me sens seule, profondément perdue dans ce désir qui me déchire le cœur. Les années passent, le même sentiment, toujours ce goût amer de savoir que je n’ai ni l’âge, ni la situation, ni même la personne avec qui avoir cet enfant. Je lis de plus en plus sur le sujet et découvre en même temps le métier de Doula. C’est aussi cette année-là que mes règles arrivent, et même si chacun.e est libre d’avoir des enfants, pour moi ce facteur est synonyme d’avoir la capacité de réaliser ce rêve.
A 16 ans, je deviens addict à tout ce qui touche les enfants, de la grossesse en passant par l’enfantement, l’éducation, les prénoms, et je ne comprends toujours pas ce qui se passe en moi. J’en parle peu, de temps en temps à mes parents, à ma sœur mais jamais à mes ami.e.s. Je suivais depuis quelque temps le compte de Clée. Un jour, elle partage cet igtv qui va chambouler tout ce que je vivais. Elle explique ce qu’elle ressent, comment avancer avec le positif dans tout ça. Les mois passent et je vis un peu mieux cette ambivalence de vouloir un enfant mais d’attendre encore et encore.
le début de l’apaisement
A l’aube de mes 18 ans, je tombe sur le compte « devenir.mère » sur Instagram qui n’existe plus aujourd’hui. Chloe, qui est dans ma situation, pas du même âge que moi certes mais qui souhaite un enfant plus que tout sans le vouloir maintenant. Elle anime ce compte, amène à se poser des questions et aide à avancer. Son mantra : « apprend à transformer ton désir d’enfant en énergie positive ». Je découvre alors qu’il existe bien plus de personnes que je ne l’imaginais avec cette envie. Chloe m’amène à me poser les bonnes questions, me fait cheminer et adoucit ce que je refoulais depuis tant d’années. Elle me propose un appel, tout en douceur, comme une grande sœur, où l’on discute simplement de ce qui me traverse. MON CŒUR S’APAISE, ELLE ME COMPREND. Après cet appel, elle a organisé un cercle où nous avons pu échanger à plusieurs sur ce désir, peu importe notre situation. C’était super beau et plein de sororité ! Son compte m’inspire et même si aujourd’hui, cette businesswoman à pris un autre tournant dans sa carrière, elle reste celle qui m’a tant aidé dans ce chemin. J’apprends alors à utiliser ce désir comme une énergie positive, qui me donne envie de booster mes projets et d’avancer chaque jour. Je me rappelle bien de cette pensée qu’une personne m’avait dite “autrefois, à ton âge, c’était le moment d’avoir des enfants”. Je m’étais dit “mais oui ! bien sûr ! c’est totalement normal et légitime puisque c’est un instinct primaire chez certain.e.s”.
les difficultés que j’ai rencontré
De mes 16 ans à mes 18 ans, je sors avec un homme, qui prend un peu peur de ce désir. Je ne sais pas moi même le gérer et l’exprimer, j’imagine bien que pour lui, c’était totalement fou. Une fille de 16 ans, voulant un enfant mais pas tout de suite, parlant bébé, parentalité. Dans ma tête c’est évident, cet homme sera le père de mes futurs enfants. Ce premier amour me fera rêver en grand. Finalement, nous nous séparons. (désolée pour la chute haha). Cette rupture, en plus d’être teinté d’une douleur que je ne pouvais imaginer, m’amène la tristesse intense de voir cet espoir d’enfants s’effondrer. Chloé m’a dit cette phrase que je n’oublierai jamais « ce désir, que tu sois en couple ou non, avec cet homme ou un.e autre, il sera toujours en toi ». Ces mots m’ont tellement apaisé dans mon chagrin. Peut-être que si j’avais su le rassurer de cette façon, il aurait eu moins peur mais la vie est bien faite et cette rupture m’a beaucoup apporté. Je retiens évidemment donc que pour la suite, afin d’aborder ce sujet dans la douceur avec mon.ma partenaire, le mieux est d’expliquer qu’iel n’y est pour rien et que, même si je serai sûrement heureuse de partager ce désir avec lui.elle, il reste surtout le mien. Je dirais aujourd’hui que la souffrance est derrière moi, même si de mauvaises pensées surgissent parfois comme « il faut que tu trouves quelqu’un » « n’attends pas trop ».
Je ne connais pas encore une personne de mon âge ayant ce désir et osant en parler. Mes ami.e.s très proches sont maintenant au courant mais ça reste très difficile pour moi de l’exprimer. J’ai peur du jugement, mais ça s’apaisera. Cette peur du jugement vient aussi en partie de mon côté féministe qui a longtemps eu du mal à comprendre que l’on pouvait très bien soutenir le non désir d’enfant, comme celui d’en vouloir. Mais j’avais sans cesse l’impression de montrer que ce n’était pas ok que certain.e.s n’en désirent vraiment pas.
A présent je garde certains plaisirs, par exemple en notant chaque prénom coup de cœur dans une liste bien précieuse, en m’informant toujours plus sur la parentalité, en craquant devant des fringues et des grossesses. Ma formation d’éducatrice de jeunes enfants me permet aujourd’hui d’assouvir ce besoin de connaissance!
témoignage de ma sœur
Ma sœur ayant également un désir d’enfant très fort, je lui ai proposé de participer en me racontant un bout de son histoire. Je la remercie vraiment car je sais que c’est quelque chose de difficile pour elle.
“D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu cette envie de famille et donc d’enfants. Je voulais les avoir jeune et je les voulais nombreux. J’ai même toujours pensé que je serais la première à donner des petits enfants à mes parents, parce que j’avais ce désir brûlant en moi et qu’à l’inverse mes frères ne semblaient pas pressés. Je m’en faisais une joie immense.
Et finalement rien ne s’est passé comme prévu. J’ai eu 25 ans, ma date “au plus tard”, à pleurer pour ces enfants qui n’existent pas et qui me manquent quand même. J’ai pleuré et envié mes frères quand ils ont eu leurs enfants alors que le prince charmant ne se présentait toujours pas à ma porte pour me donner ces “beaucoup d’enfants” promis par tous les contes que j’aimais. J’ai adoré ce désir qui me faisait m’imaginer enceinte, entourée d’enfants, épuisée de bonheur et je l’ai détesté de me rendre jalouse et envieuse de toutes ces personnes qui touchaient ce bonheur qui moi, me manquait tant. Il était partout, tout le temps. Juste en passant ma main sur mon ventre plat, devant des magasins de vêtements d’enfants, en croisant des personnes enceintes ou des familles, en m’occupant de mon neveu et de ma nièce ou des enfants que je gardais. Partout, tout le temps. Étouffant. Déprimant. Handicapant même.
se questionner
Je ne sais pas quand ce désir a commencé à se manifester mais je sais qu’il est dû en partie, à mon éducation et mais aussi à ma solitude de petite fille seule avec deux frères. J’ai voulu une sœur/amie pendant très longtemps et quand j’en ai enfin eu une, je pense que j’étais trop grande pour vraiment en profiter en tant qu’amie, alors j’ai pouponné. Par envie et un peu par nécessité puisque nos parents se sont séparés peu de temps après sa naissance et que je suis devenue son “point de repère” d’une maison à l’autre. Je viens d’une famille où les femmes ont une moyenne de 4 enfants. J’ai grandis dans l’idée que les enfants sont le bonheur d’une femme, qu’ils remplissent le vide des maisons et empêchent l’ennui, qu’ils apportent joie, bonheur, occupation…
Vers 18 ans j’ai commencé à désirer vraiment un enfant. Pas juste un bébé mais un enfant. Avec qui partager des milliers de choses et à qui transmettre. Avec qui je ne me sentirais plus seule. J’ai rencontré mon premier copain, de 7 ans plus âgé, qui a beaucoup alimenté ce rêve en me faisant croire qu’il voulait aussi une famille tôt. Nous ne nous sommes jamais protégés, j’étais jeune et assez naïve pour penser que “ça irait”. Soit je tombais enceinte et ce serait notre rêve qui devenait réalité, soit non et c’était le destin qui nous incitait à attendre. Je vous laisse imaginer la douche très froide que j’ai prise quand j’ai pensé être tombée enceinte.
Ce jour-là j’ai réalisé qu’il n’était pas prêt alors que moi oui. J’ai aussi compris que, bien que prête psychologiquement, je n’avais rien à offrir comme avenir à cet enfant puisque je n’avais pas de métier, pas de perspective d’avenir et pas un sous d’avance. J’ai compris que quelque soit la puissance de ce désir, ce n’était pas suffisant pour rendre un enfant heureux tout en assurant ses besoins. J’ai eu de la “chance”, c’était une fausse alerte. Cette nouvelle a été un coup terrible pour le moral autant qu’un soulagement immense. J’ai gardé cette envie obsédante sous clef en pensant encore et encore aux conditions de vie que je voulais pour mon enfant. Ça ne rendait pas la chose plus facile au quotidien mais ça m’a évité de faire d’autres imprudences. J’ai trouvé un métier, auprès des enfants, ce qui m’a un peu apaisée. Je suis un peu passée à autre chose. J’ai rencontré des gens qui m’ont assez occupé pour me permettre de voir le bon côté de la vie, ce qui m’aide beaucoup à réfréner mon désir d’enfant, mais il reste toujours au fond de moi. Je suis juste devenue réaliste quant à ce qu’il faut comme conditions et moyens pour une responsabilité pareille.
réfléchir à l’avenir
L’an dernier j’ai estimé que j’étais prête (et que mon horloge faisait vraiment trop de bruit à l’approche de mes 30 ans). J’avais un ami qui était d’accord de “m’aider”. J’envisageais donc de devenir mère seule. Puis finalement la vie a fait que aujourd’hui aucun embryon n’est jamais venu se loger dans mon utérus. J’attends, j’y crois et j’espère.
l’amour pour surpasser la douleur
J’aurai 32 ans à la fin du mois (octobre 2023), mon horloge, les vêtements, les familles, les personnes enceintes me tourmentent encore parfois et me donnent envie de hurler cette frustration.
Je n’ai pas de conseil à donner à celles et ceux qui partagent ce même désir parce que je ne sais pas comment m’en éloigner moi-même, mais penser au bonheur de ceux que nous aimons/aimerons m’aide à faire passer le temps. L’envie d’un enfant est égoïste par nature mais nous pouvons le rendre si beau en étant altruiste.”
conclusion
Vous l’aurez compris, ce désir nous vient peut être de notre histoire / éducation, mais nous ne le sauront jamais vraiment.
Aujourd’hui, j’arrive de mieux en mieux à patienter, et alors qu’avant, je ne voyais que le positif dans le fait d’avoir des enfants, j’arrive aussi maintenant à me rendre compte des nombreuses difficultés que peuvent amener la parentalité. Cela me permet d’accepter plus facilement et d’ainsi profiter de ma vie de jeune femme. Je suis très heureuse d’avoir rencontré les bonnes personnes au bon moment pour me pousser à utiliser ce rêve comme une énergie positive.
c’était « mon désir d’enfant », cette envie qui peut être si dure et source de motivation à la fois, raconté par deux sœurs, le ressentant du plus profond de leur cœur ♡
N’hésitez pas à me partager votre récit et ce que vous avez ressenti dans les commentaires !